juillet 02, 2006

L'impitoyable faux de la mort...

C'était un beau petit couple. Ils se sont connus au travail. Papa n'aimait pas le chum de sa fille et comme elle n'acceptait pas son autorité, elle est partie vivre chez lui, chez ses parents. Ils ont vécu là quelques mois et se sont pris un petit nid d'amour.
Puis, la "shop" a fermé.
Valérie a décidé qu'elle avait déjà donné assez aux manufactures. Deux ans et demie, c'était suffisant. Elle est allée voir un conseiller en orientation et après quelques rencontres, elle s'est découvert un intérêt à s'occuper des enfants. Elle gardait déjà son neveu de six ans et adorait les bébés.
En début octobre, elle était avec lui dans la salle pendant qu'ils donnaient la session d'informations. Ils se tenaient par la main.
Le 24, elle s'est assise le premier bureau en avant, dans le coin, accotée sur le mur. Elle parlait peu, son fort accent joual trahissant son milieu, elle avait peur que les filles la jugent, jusqu'à ce qu'elle réalise que "la shop" faisait partie du passé de plusieurs et qu'elle était pas la seule raccrocheuse pour qui faire un AEC était une deuxième chance.
Elle avait plein de projets. Elle voulait ouvrir un service de garde en milieu familial en décembre. Ils venaient de louer une maison avec un grand terrain et option d'achat. Étudiants tous les deux, elle en AEC en Éducation à l'Enfance, lui un DEP en mécanique auto.
Il avait son permis de conducteur de poids lourds. C'était son side-line, de temps à autres, pour faire du cash vite, facile. Elle ne l'accompagnait pratiquement jamais, en profitait alors pour sortir avec les copines.
Mais vendredi, elle était avec lui dans ce camion quand il a raté sa courbe. Le camion s'est renversé et elle est morte.

Valérie Rodrigue allait avoir 21 ans. C'était pas ma meilleure pote dans le cours, mais chaque fois que je lui parlais je me disais: "Hé qu'elle est fine, elle". Jamais méchante, un peu baveuse, mais elle essayait jamais de rabaisser une autre. Elle avait jamais réussi à l'école avant, en gardait une faible estime d'elle. Mais ce cours avait changé sa vie, elle s'était épanouie, elle avait des amies, une gang, des projets, une ambiton.
Mais tout est fini, maintenant. Car l'impitoyable faux de la mort l'a arrachée à la vie. Le rideau est tombé pour elle, la représentation terminée.