Il y a trois ans, j'ai appris que j'étais enceinte. Fertile comme une terre du Grenier du Canada, j'ai les ovaires pis l'utérus pour engendrer mon équipe de football personnelle. J'étais devenue enceinte en prenant la pilule et sans en avoir jamais oublié aucune une première fois. Cette fois, j'avais pourtant dit à mon partenaire que je me sentais ovuler, que s'il ne voulait pas d'enfants, "il vaudrait peut-être mieux utiliser quelque chose".
Je ne me considérais pas comme quelque chose mais je savais pertinemment qu'il ne m'aiderait pas. J'ai préféré utiliser la pensée magique. Hé bien, je ne dois pas connaître les formules d'Harry Potter parce que ma magie n'a pas fonctionné du tout. J'étais enceinte.
Le 15 août 2003, j'en étais à ma treizième semaine de grossesse. Le "père" était ma flamme des neuf derniers mois. En frais de flamme, on pourrait peut-être dire quelques étincelles maintenues en vie tant bien que mal; dans notre courte vie amoureuse partagée, nous avions déjà connus plus incendiaire que notre relation.
Puisque je m'étais déjà fait avorter une première fois, je ne tenais pas outre-mesure à répéter l'expérience. Mais je n'étais pas totalement déconnecté de la réalité de ce qu'un enfant allait apporter comme lot de changement dans ma vie. Vu son peu d'enthousiasme à sa nouvelle mission paternelle, je me doutais bien que je devrais assumer ce nouveau rôle seule.
J'ai consenti à prendre un rendez-vous dans une clinique de Planning Familial. Il devait m'y accompagner et ne s'est jamais présenté. Je suis rentrée après lui ce soir-là. Il sentait les patates frites, la graisse de hamburger et l'alcool fort.
Il avait eu besoin de boire pour se donner le courage de me dire qu'il ne m'aimait plus. Depuis quand le savait-il, je ne saurai jamais et je n'ai plus besoin de savoir. Pourquoi le savait-il, j'ai ma petite idée là-dessus.
Il allait me falloir bien des mois pour réaliser pleinement que j'avais pris la meilleure décision de toute ma vie.
Ma vie ne serait plus la sienne, de célibattaire indépendant et libre. Ma vie serait celle d'une mère monoparentale, certes. Mais je ne vivrais pas avec la culpabilité d'avoir volé à la vie une occasion précieuse de rayonner.
J'ai choisi en quelque sortes ce jour-là de vivre une sorte de mariage. Ma fille et moi. Pour le pire et pour le meilleur, dans la maladie comme dans la santé, dans les joies et les peines. Un contrat à vie, duquel on ne peut abandonner. Il faut lutter jour après jour parce que si on ne le fait pas, personne d'autre le fera. Depuis ce jour, il m'a en quelque sorte donné à ma fille en mariage, un mariage d'amour inconditionnel. Le vrai sens du mariage!
Trois ans hier.
